dimanche, avril 30, 2006

Cycle de DOHA, ou la grande comédie

Devinette. Quel est le point commun entre le montant total à gagner de la libéralisation totale du Commerce agricole, le montant total des subventions agricoles des pays du Nord et le montant total de la dette des pays africains ? réponse. Le montant total : 300 milliards de $ !!

Enfin pour être plus précis, ce sont 360 milliards de $ de subventions agricoles, mais on en est plus à quelques dizaines de milliards prêt…
Et alors diront les néophytes ?
Et bien les accords de libre échange qui sont conclus à l’OMC entre les 149 pays membres sur quatre volets, l’agriculture, les marchandises non agricoles, les biens industriels et les services, ont pour objectif de favoriser le libre échange en supprimant tout ce qui pourrait entraver le Commerce à savoir :
- les barrières tarifaires et non tarifaires,
- les subventions aux exportations,
- les aides internes.

Pourquoi le libre échange ?
Pour favoriser la croissance mondiale, à la fois des pays riches mais surtout des pays pauvres. La croissance du commerce mondial favorisera ainsi la richesse pour chaque pays, qui par le jeu des vases communiquant se répercutera sur toute la population.
Et voilà comment le niveau de vie de toutes les populations mondiales s’élèvera dans un cercle vertueux où chacun y gagnera…

C’est beau n’est ce pas ?

Mais alors pourquoi la réunion du 30 avril à l’OMC vient elle d’être annulée quelques jours seulement avant le début de la suite des négociations ?
Pourquoi les négociations entre pays riches et Pays en Voie de Développement (PVD) apparaissent de plus en plus et comme inexorablement bloquées ?
Pourquoi tant de haine enfin de la part des mouvements altermondialistes et autre société civile (ONGs, syndicats…) envers ces négociations ?
Les pays membres n’ont ils pas eu même agréé d’un commun accord dans la déclaration d’ouverture du Cycle de Doha en 2001 : « Le commerce international peut jouer un rôle majeur dans la promotion du développement économique et la réduction de la pauvreté » et « Nous visons à mettre leurs besoins et leurs intérêts (aux PVD) au centre du Programme de travail adopté dans la présente déclaration ».

Une libéralisation néfaste au plus grand nombre
Le fait est que bien que la libéralisation du commerce mondial soit censée réduire la pauvreté et enrichir le plus grand nombre elle a pour l’instant exactement l’effet inverse, à savoir :
- Augmentation du nombre de pauvres (+18 millions de pauvres entre 1995 et 2001[1]) à 852 millions en 2002.
- Dépendance accrue des petits producteurs et des exploitations familiales.
La « théorie libérale » de la globalisation prône la notion d’avantage comparatif d’un pays à l’autre. Un pays bénéficiant de bonnes conditions pour la production sera donc fortement encouragé à se spécialiser sur la culture d’exportation la plus appropriée. Mais si les bénéfices sont au rendez-vous pour les quelques transnationales oligopolistiques[2] et les entreprises nationales transformatrices souvent liées aux élites de ces pays, il n’en est pas de même pour la majorité. Les rationalisations des cultures ont eu pour effet de faire baisser les prix de production, rémunérant d’autant moins les petits producteurs. Les surplus de production générés au niveau du marché mondial grâce aux cultures intensives ont eu pour effet de faire baisser de façons (dites) structurelles les cours des matières premières. Les petits producteurs incités à produire de la sorte en utilisant les intrants (engrais et pesticides) des multinationales se sont trouvés endettés, les coûts de production augmentant et les prix de vente ne cessant de baisser. Enfin ces cultures d’exportations se sont faites au détriment des cultures vivrières (ou de subsistance) qui jusqu’à il y’a peu étaient le lot de la majorité des 2,8 milliards d’agriculteurs, pour la plupart des pays du Sud. Ces paysans se retrouvent donc pour beaucoup dépendants d’une culture (et/ou une transnationale), endettés et sous alimentés.

Mais que le libre échange soit dur, le capitalisme l’est en soit, on entend bien dire que ce dernier est le moins mauvais des systèmes…

Pourquoi le cycle patine
Et les blocages du cycle de Doha ne proviennent pas de ces conséquences « fâcheuses », mais acceptées par les gouvernants des pays du Sud.
Les mécontentements sont à mettre sur le compte des subventions agricoles à l’exportation qui sont allouées par les pays riches à leurs agriculteurs. Ces subventions, illégales, ne représentent que 5 à 10% du total des subventions agricoles des pays du Nord. L’accord obtenu à l’arraché lors de la dernière réunion ministérielle de l’OMC à Hong Kong engage les pays riches à supprimer les subventions agricoles à l’exportation (uniquement) d’ici 2013, et ce dès 2010.
Les modalités d’application devaient être étudiées lors de la rencontre du 30 avril…
Enfin et heureusement pour nous, pays du Nord, le gros de nos subventions, illégales, liées à la Politique Agricole Commune (PAC) en Europe par exemple est préservé lui…soit pour l’Union européenne, plus de 40 milliards d’€ ou près de la moitié du budget de l’Union européenne.
Les Etats Unis dépensent eux près de 100 milliards de $ pour leurs subventions agricoles…
Au total ce sont 360 milliards de $ qui sont ainsi donnés par les Etats Unis, l’UE, la Chine, le Pakistan, l’Inde ou la Turquie à leurs agriculteurs.

Alors tant mieux pour nos agriculteurs, et surtout tant mieux pour les quelques grosses transnationales et intérêts liés.
Cela ne change rien pour nous autres consommateurs européens ou occidentaux puisque les prix des produits transformés que nous payons restent les mêmes, ou suit l’inflation… alors que les prix d’achats des matières premières ne cessent de baisser[3] ! Où va la différence ? devinez, mais certainement pas dans les mains du plus grand nombre….
C’est également illégal, anti-libéral, profondément injuste pour des PVD qui n’ont aucun moyen de sanctions envers les pays du Nord et sont obligés, eux d’appliquer des règles qui in fine appauvrissent la majorité des habitants de ces pays !!

Pour mémoire : libre échange = non intervention de l’état ; et l’OMC vise à favoriser le libre échange en vue d’une croissance mondiale générant de l’enrichissement pour tous.

Alors nos pays du Nord, Etats-Unis en tête seraient-ils opposés au libre échange ? Le libre échange serait-il un prétexte qui arrange bien nos dirigeants et les intérêts liés ? quand ça ne concerne pas trop leurs pays ?
En tout état de cause et finalement c’est à se demander à qui profite le plus les difficultés actuelles que rencontre le cycle de négociations de Doha…

Enfin et pour finir…une devinette : si le libre échange, ne bénéficie ni aux petits producteurs du Sud, ni à nos agriculteurs (dans la mesure où ils sont subventionnés pour pouvoir vivre), ni à nous autres consommateurs ? alors à qui[4] ? car la croissance a lieu tout de même…

David Carayol

[1] « L’état de l’insécurité dans le monde », Food and Agriculture Organisation, 2003, p6
[2] des entreprises sont en situation d’oligopole lorsqu’elles sont une poignée à se partager un marché. Par exemple le marché mondial de la banane est dominé par 4 ou 5 grandes entreprises (ou transnationales).
[3] Une des plus fortes baisses concerne le café qui a perdu 70% entre le début des années 90 et 2002.
[4] Et cet éditorial ne traite que du volet agricole…

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mardi, avril 25, 2006

NEWROPEANS s'oppose à l’Initiative pour le Soutien au Droit de Pétition

Un an après le rejet du projet de Constitution européenne, un groupe d'organisations pro-européennes envisage de lancer une nouvelle action dénommée "Initiative Citoyenne Européenne" ayant pour objet de déposer auprès de la Commission européenne une pétition signée par un million de citoyens européens pour la mise en place de la procédure de l'Initiative Citoyenne Européenne, telle qu'elle avait été prévue dans la Constitution (et qui donc donne tout pouvoir à la même Commission pour donner suite ou non aux pétititions présentées). Le Comité Directeur de Newropeans qui a été invité à se joindre à cette inititative, explique dans cette lettre ouverte pourquoi Newropeans ne soutiendra pas cette action qu'il estime contraire à son objectif de démocratisation de l'UE. A cette occasion, il appelle tous ceux dans les organisations pro-européennes et les mouvements citoyens de l'UE qui souhaitent agir efficacement pour démocratiser le système communautaire à rejoindre Newropeans pour être présents au seul rendez-vous politique des 500 millions de citoyens européens avec leur démocratie commune: les élections européennes de Juin 2009.

Aux responsables de l’Initiative pour le Soutien au Droit de Pétition

Nous avons bien reçu votre invitation à rejoindre le groupe d’organisations qui souhaite lancer le projet dénommé ‘Initiative Citoyenne Européenne’. Nous sommes au regret de vous informer que Newropeans ne participera pas à ce projet car nous estimons qu’il est en totale opposition avec la logique de démocratisation de l’Union Européenne qui est au cœur de l’action de Newropeans.

D’une part, en terme de principe, la finalité du projet, contrairement aux apparences, n’a pas vocation à donner plus de pouvoirs aux citoyens européens, mais vise à renforcer le pouvoir bureaucratique de la Commission européenne. Le « droit de pétition » que ce projet voudrait faire soutenir par un million de citoyens européens n’est absolument pas un « droit démocratique » puisque s’il était mis en place, il accorderait à la Commission européenne le droit absolu et arbitraire de donner une suite ou pas aux pétitions que signeraient plus d’un million de citoyens européens.Pour Newropeans, démocratiser l’Union européenne, donner l’initiative aux citoyens, ça n’est pas renforcer le pouvoir des bureaucrates, mais au contraire renforcer le pouvoir des citoyens et de ceux qu’ils élisent, notamment au Parlement européen.

D’autre part, en terme pratique, l’absence de définition des conditions de validation du recueil de signatures à l’échelle de l’UE, ajoutée à l’incapacité juridique et politique totale de transformer en acte concret la moindre collecte de signatures à l’échelle de l’UE, assure que cette opération résultera en une vaste déperdition d’énergie, un gaspillage immense de bonnes volontés et de motivation citoyenne. En un mot, Newropeans est absolument convaincu que même si elle arrivait à réunir un grand nombre de signatures, cette initiative n’aboutirait absolument à rien de concret car il faudrait un Traité communautaire, signé et ratifier à l’unanimité, pour l’inscrire dans les textes européens. Vous soulignez d’ailleurs vous-même cette impuissance des institutions en la matière.

Pour Newropeans, il est essentiel d’éviter d’entraîner les citoyens dans des directions qui ne conduisent nulle part, sinon à la frustration de ceux qui y ont investi temps et énergie.

En conséquence, vous comprendrez bien pourquoi non seulement Newropeans ne s’associe pas à ce projet, mais, en tant que premier mouvement politique trans-européen, met en garde les citoyens contre une opération qui si elle aboutissait renforcerait les pouvoirs de la Commission de Bruxelles au détriment du Parlement européen ou du Conseil européen ; tout en étant probablement qu’une immense perte de temps et d’énergie. A l'avenir, Newropeans se prononcera d'ailleurs systématiquement sur les projets citoyens auropéens afin d'indiquer s'ils sont compatibles ou pas avec le processus de démocratisation de l'UE souhaité par Newropeans.

Pour celles et ceux qui souhaitent voir réussir le mariage du projet européen et de la démocratie, Newropeans a choisi la voie difficile, mais nécessaire, de création du premier mouvement politique trans-européen qui présentera des candidats dans tous les pays de l’UE aux élections européennes de Juin 2009.

Ainsi, en terme d’initiative, Newropeans souhaite abolir le monopole d’initiative de la Commission européenne et donner au Parlement européen un pouvoir d’initiative complet (proposition 5).
En terme de démocratie directe, Newropeans soutient la mise en place d’un référendum trans-européen pour tout nouvel élargissement et pour les Traités européens (proposition 3).
En terme de droit de pétition, Newropeans élabore actuellement une proposition qui figurera dans son programme pour 2009 et qui fera du Parlement européen le destinataire des pétitions, sans aucune interférence des bureaucrates dans la procédure.

Le grand rendez-vous de l’Union européenne avec ses peuples, ses citoyens et la démocratie aura lieu en Juin 2009, lors des prochaines élections européennes. Tous ceux qui veulent réellement voir le système communautaire changer et être démocratisé ont à cette date une vraie rencontre politique avec nos 500 millions de concitoyens.

Que les citoyens, membres ou pas d’organisations existantes, qui veulent être à l’heure à ce rendez-vous historique rejoignent Newropeans maintenant au lieu de perdre leur temps dans des projets qui ne conduisent nulle part qu’à des impasses identiques à celle de Mai-Juin 2005. Nous avons un programme complet à élaborer et une campagne à l’échelle du continent à mettre en place et une date butoir sans équivoque : Juin 2009. Autrement dit, toutes les énergies sont bienvenues.

Soyons tous conscients, qu’en Juin 2009, si dans l’arène électoral on ne trouve pas un mouvement politique trans-européen fort, capable de démontrer que démocratie et Europe sont compatibles, alors ce sont les extrémismes et les nationalismes qui l’emporteront.

Pour Newropeans, il n’y a ni temps, ni énergie à perdre à jouer les « mendiants de la démocratie ». Le pouvoir se prend. Si les citoyens européens le veulent, il faudra qu’ils descendent dans l’arène électorale en Juin 2009. Le reste est au mieux une illusion et une perte de temps ; au pire une tromperie.

Cordialement

Pour le Comité Directeur de Newropeans

Franck Biancheri
Président - Newropeans

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samedi, avril 08, 2006

La Réponse de Newropeans à la Crise Iran/Usa : Proposition d’une politique pour l’Union européenne

Agir maintenant pour maîtriser le risque nucléaire global aujourd’hui et demain

Cette proposition a été adoptée à une majorité de 86% des membres de Newropeans sur tout le territoire de l'Union Européenne.

Il résulte de l’objectif central qu’a Newropeans de démocratiser l’UE et donc de donner la parole aux citoyens européens sur les sujets cruciaux, comme celui-ci, qui l’engage toute entière. Cette motion s’inspire des objectifs de paix et de prospérité collective au cœur du projet européen depuis plus de cinquante ans, ainsi que de la préoccupation de préserver les intérêts communs européens vitaux (paix, sécurité politique et économique en particulier).

Pour Newropeans, la crise Iran/Usa actuelle doit être traitée comme un moment-clé de la crise générale du système international actuel et en particulier de l’obsolescence de la politique non-prolifération nucléaire pratiquée depuis 1945. Il marque la fin de l’ordre établi après 1945. Pour Newropeans, la crise actuelle est une confrontation directe entre deux logiques désormais archaïques : celle des dirigeants iraniens qui ignorent l’intérêt collectif mondial pour se focaliser sur leurs intérêts nationaux à court terme et celle des dirigeants des Etats-Unis qui identifient leurs intérêts propres avec ceux du reste du monde. La politique de non prolifération nucléaire héritée de l’après-Seconde Guerre Mondiale est en crise comme l’illustrent le nombre croissant de puissances nucléaires (cf. tableau des puissances nucléaires en 2005, source National Defense University - USA) qui n’ont pas signé le Traité de Non Prolifération, la crise actuelle avec l’Iran pays pourtant signataire du traité, la poursuite, notamment par les Etats-Unis, du développement de nouveaux types d’armes nucléaires comme les « mini-bombes », le rôle non sanctionné du Pakistan en matière de prolifération active et l’accord récent USA/Inde qui ignore complètement le Traité.

Vu ce contexte, la crise Iran/Usa ne peut pas être traitée comme un cas particulier. Elle doit être gérée en l’inscrivant dans une vision de long terme, fondée sur de nouvelles méthodes adaptées aux réalités du XXI° siècle.

L’Union européenne du fait de son passé tragique qui témoigne de l’impasse où conduisent ces deux logiques, et du fait du succès de sa construction politique continentale pacifique de ces dernières décennies doit désormais assumer un rôle leader en matière de construction du système international du XXI° siècle. Cela passe par la mise en œuvre d’une approche exemplaire visant à rechercher simultanément la satisfaction de l’intérêt commun européen et celui de l’intérêt collectif mondial. C’est seulement en démontrant par l’exemple qu’une telle politique est possible que l’UE contribuera efficacement à la promotion de la paix mondiale, de la démocratisation globale et de la prospérité collective tout en assurant la préservation des intérêts européens vitaux. Il est plus qu’urgent que les Européens passent à l’action et mettent sur la table des objectifs et des instruments nouveaux au lieu de chercher à développer de nouvelles méthodes au service d’objectifs obsolètes.

Newropeans demande donc aux dirigeants de l’UE d’assumer leurs responsabilités et de refléter dans leurs déclarations et leurs actions les attentes de la vaste majorité des citoyens européens, ainsi que les espoirs placés dans les Européens par l’ensemble de la population de la planète (cf. sondage BBC – GlobeScan). Cette action européenne doit se développer selon trois axes :

1. L’UE engage la communauté internationale à maîtriser plus efficacement le risque nucléaire dans le monde, en lançant la réforme du traité de non-prolifération nucléaire.

2. L’UE renforce son rôle moteur dans la résolution de la crise Iranienne, en posant une série d’objectifs précis, et en parlant d’une seule voix, et non pas au nom de l’Allemagne, la France et l’Angleterre.

3. L’UE crée les alliances nécessaires pour aboutir à une vraie stratégie internationale destinée à rassembler tous les acteurs internationaux qui partagent cette vision et ces objectifs.


1. L’UE engage la communauté internationale à maîtriser plus efficacement le risque nucléaire dans le monde, en lançant la réforme du traité de non-prolifération nucléaire.

L’UE doit au plus tôt mettre sur la table internationale une proposition visant à réformer profondément le Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP) et l’ensemble des méthodes et instruments qu’il intègre. Il doit être adapté à la réalité du XXI° siècle. Les avancées scientifiques et la baisse des coûts rendent aujourd’hui de plus en plus facile d’accéder à la technologie nucléaire. De cela découle qu’il est difficile d’opérer la distinction entre les instruments et filières du nucléaire civil et du nucléaire militaire (comme les risques de « bombes sales » l’illustrent). Ceci implique que l’on peut compter aujourd’hui près d’une quarantaine de puissances nucléaires avérées ou cachées et quasi-nucléaires pouvant posséder l’arme nucléaire très rapidement (contre 5 lors de la signature du TNP). De plus, dans un monde qui sait que la dissuasion nucléaire pouvait dans certains cas garantir la paix (Guerre Froide), l’inquiétude majeure est désormais la possession de l’arme nucléaire par des organisations infra-étatiques (terrorisme nucléaire).
Le nouveau TNP doit aussi s’inspirer des évolutions réalisées dans l’ordre international depuis les années 60. L’UE peut donc déjà en la matière indiquer trois pistes de réflexion prometteuses :

- traiter le développement des nucléaires civil et militaire comme un tout. L’accès au Club Nucléaire ne doit donc plus avoir comme objectif d’empêcher le développement du nucléaire militaire en accordant l’autorisation de développer le nucléaire civil, mais bien de convaincre de l’inutilité du développement du nucléaire militaire ou de l’encadrer pour l’intégrer à un équilibre de dissuasion régionale ou globale dans le cas contraire.

- définir des règles d’accès au « Club Nucléaire » fondée non pas sur une approche arbitraire des puissances déjà membres du Club, mais sur un processus transparent d’adhésion, comprenant des règles claires et internationalement reconnues et un contrôle multilatéral de leur respect une fois membre du club. Les exemples du processus d’adhésion à l’Union européenne ou à l’Organisation Mondiale du Commerce peuvent utilement servir d’inspiration pour la définition d’un « acquis politico-nucléaire » qui définissent les conditions d’accès au nucléaire dans son ensemble. Parmi d’autres, il faut inclure : la nécessité d’évolutions politiques internes démocratiques – élections libres, contrôle politique des militaires -, la signature d’accords régionaux de sécurité liés si possible à des accords de coopération économiques et commerciaux régionaux.

- repenser un certain nombre d’hypothèses fondamentales du TNP désormais rendues caduques par l’Histoire. Il faut intégrer la dimension nouvelle de possession d’armes nucléaires par des entités non-étatiques afin de bannir cette possibilité et d’en définir les sanctions les plus strictes possibles. Parallèlement, il faut abandonner l’hypothèse affirmant que l’arme nucléaire est en soi, et en toutes situations, déstabilisatrice. En effet, l’histoire européenne de la 2° moitié du XX° siècle a apporté la preuve que cette affirmation était fausse. La dissuasion équilibrée peut apporter également la paix quand il est impossible d’obtenir la création de zones non nucléarisées (ce qui restera néanmoins le premier objectif de toute politique visant à maîtriser le risque nucléaire).

2. L’UE renforce son rôle moteur dans la résolution de la crise Iranienne, en posant une série d’objectifs précis, et en parlant d’une seule voix, et non pas au nom de l’Allemagne, la France et l’Angleterre.

Dans le cas de l’Iran, et en fonction des pistes d’une réforme générale de la non prolifération nucléaire, les objectifs de l’UE sont au nombre de 3 :
- renforcer la paix et la prospérité de la région
- renforcer la paix et la prospérité mondiale
- soutenir la démocratisation politique de la région.

La solution idéale serait une dénucléarisation générale du Moyen-Orient. Elle est hélas illusoire à l’horizon des prochaines décennies du fait du refus de puissances comme Israël et le Pakistan (puissances non-signataires du TNP) de se débarrasser de leurs armes nucléaires, ou des Etats-Unis et de la Russie de cesser d’intervenir dans la région ou sur ses frontières directes.
Puisqu’il est impossible de supprimer les armes nucléaires de la région, il est donc impératif d’assurer aux pays non nucléaires qu’ils n’ont pas de crainte à avoir. Cette objectif ne peut être atteint que de deux manières : une série de garanties globales assurant tout utilisateur d’armes nucléaires de sanctions internationales immédiates, collectives et militaires ; et l’ouverture d’un processus politique permettant l’acquisition de l’arme nucléaire dans le cadre très précis d’un TNP renouvelé. Toute tentative de poursuivre dans la voie nucléaire (civile ou militaire) sans entrer dans le processus du TNP rénové devra être sanctionnée immédiatement par la Communauté internationale. Cette approche sera beaucoup plus simple que dans le cadre actuel car il n’y aura pas de doutes possibles : avec acceptation du TNP rénové, il y aura un accès contrôlé à toutes les technologies nucléaires ; sans acceptation du TNP rénové, ce sera un embargo technologique total.
Cela veut dire que, dans un délai d’un mois, l’Iran devra se prononcer pour ou contre l’offre européenne d’accepter un TNP rénové selon les axes mentionnés précédemment. De plus, cette acceptation implique d’une part l’arrêt par l’Iran de l’ensemble des opérations nucléaires (y compris autorisées par le TNP actuel), et d’autre part, le lancement pour une durée maximale de deux ans, d’une conférence internationale pour la rénovation du TNP. Impulsée par les Européens, en fonction des objectifs indiqués, ce Traité entrera en vigueur une fois que plus de la moitié des Etats de la planète l’auront signé.

Si l’Iran refuse cette option, il faut alors que les Européens recommandent un embargo complet du pays, y compris sur le pétrole. Ce type de sanctions sera également appliqué automatiquement à tout Etat ayant contribué à disséminer la technologie nucléaire vers des acteurs non étatiques.

3. L’UE crée les alliances nécessaires pour aboutir à une vraie stratégie internationale destinée à rassembler tous les acteurs internationaux qui partagent cette vision et ces objectifs.

L’objectif diplomatique de l’UE doit donc être au plus vite de définir en interne les grandes lignes de sa proposition de TNP rénovée et de chercher les partenaires stratégiques pour mettre en place le processus international conduisant à la rénovation du TNP et à son adoption par une majorité de pays. En la matière, l’UE devra agir comme pour Kyoto. Chercher à convaincre rapidement les partenaires, sans perdre de temps avec les Etats qui ne sont pas intéressés ou qui sont opposés à une réforme du TNP dans le sens souhaité par les Européens. Si la Chine, l’Inde ou la Russie sont preneurs, et les USA opposés, qu’il en soit ainsi. Il s’agit ici de l’avenir du monde, et non de son passé !

Une conférence internationale sur ce thème pourrait être convoquée à Berlin fin Avril. Avec proposition d’un document de travail international en Mai.

Newropeans considère que l’actuelle stratégie occidentale comporte le risque majeur de donner naissance à l’un des trois avenirs suivants contradictoires avec les objectifs poursuivis de paix et de stabilité :

1. Ni l’Iran, ni les Etats-Unis ne cèdent, et l’Union européenne par faiblesse suit les Etats-Unis dans une confrontation militaire avec l’Iran. Cette situation entraîne immédiatement un conflit aux répercussions mondiales catastrophiques avec une déstabilisation définitive du Moyen-Orient déjà en crise suite à l’invasion de l’Irak.
2. L’Iran est finalement forcé de céder par des moyens non militaires mais contraignants (embargos ou autres). Dans ce cas-là (assez improbable car personne n’a pour l’instant la moindre option crédible à ce sujet), comme dans le premier cas, un Iran non nucléaire et humilié déclenchera des représailles de tous ordres dans la région et le reste du monde. Parallèlement, dans le contexte explosif que l’invasion de l’Irak a généré dans les mondes arabe et musulmans, on assisterait de toute façon à un regain généralisé de violences anti-occidentales.
3. L’Union européenne par faiblesse accepte le fait accompli iranien, sans plan alternatif de long terme comme celui proposé par Newropeans, et admet l’enrichissement de l’uranium par l’Iran sachant pertinemment qu’il n’y a aucun moyen fiable de limiter l’utilisation de ces techniques à un seul emploi civil. Le résultat serait très probablement un Iran nucléaire, persuadé que seules les logiques de force et de confrontation comptent désormais, et donnant un exemple catastrophique pour tout espoir d’organiser la société internationale du XXI° siècle sur les bases de l’état de droit et non pas de la loi de la jungle.

Newropeans pense donc que le pire des cas n'est pas un Iran nucléaire en soi, que tout dépend du processus d’encadrement international par lequel cette situation peut émerger ; mais qu’en revanche il existe plusieurs scénarios conduisant au pire, c’est-à-dire l’effondrement de tout ordre international fondé sur le droit pour céder à la tentation du retour à la loi de la jungle, et de la force brutale. C’est aux Européens de montrer qu’ils peuvent ouvrir la voie vers un autre avenir mondial que cette option désastreuse, et Newropeans pense que cette crise Iran/Usa constitue la porte d’accès à un avenir mondial conduisant à une prospérité partagée, sans laquelle le concept de démocratie est une mascarade, et seule capable d’entraîner la volonté du plus grand nombre à ne pas céder aux sirènes de la violence, qu’elle soit d’Etat ou de groupes terroristes.

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vendredi, avril 07, 2006

LA FIN DE L'HISTOIRE EST FINIE L'Europe dans le nouveau monde multipolaire

LA FIN DE L’HISTOIRE EST FINIE
La fin de la guerre froide et du face à face nucléaire USA/URSS a ouvert non pas la « Fin de l’Histoire » mais une simple fenêtre d’opportunité pour les néo-conservateurs tenant de l’hégémonisme US. Avec le retour de l’impérialisme russe, la prolifération nucléaire et l’affirmation de nouvelles puissances régionales, un nouveau monde multipolaire est en train d’émerger. L’Europe doit y prendre toute sa place démocratique et pacifique en s’appuyant sur une politique étrangère et de défense, y compris nucléaire, unifiée.


Yves-Martin HOLGER
Le 31 mars 2006

Quelle Histoire ?

En 1989, à la chute du mur de Berlin les Etats-Unis ont vu s’ouvrir une opportunité historique pour tenter de s’assurer un leadership mondial dans les domaines politique, économique, énergétique et culturel. Cette hégémonie est revendiquée comme légitime, notamment par le courant « neo-conservateur » incarné par GW Bush, au regard de la mission planétaire d’imposer une vision du monde héritée de la révolution américaine de 1776, émancipatrice, basée sur la démocratie et la liberté, tant individuelle qu’économique.

C’est ainsi que des théoriciens américains à succès ont pu, au début des années 90, annoncer avec soulagement la « Fin de l’Histoire ». On doit comprendre ici l’Histoire au sens de victoire inéluctable des prolétaires (Lénine) puis des peuples (Staline-Mao) sur le capitalisme en général et son centre impérialiste américain en particulier. Il faut dire que les tenants du marxisme-léninisme n’avaient plus beaucoup d’arguments face au communisme réel, celui du Goulag, de la Révolution Culturelle, et de la faillite économique et sociale du système soviétique.
Ces théoriciens américains n’ont également pas hésité à s’interroger sur les origines culturelles, religieuses et de civilisation des « incompréhensibles résistances »rencontrées dans l’instauration de la pax economica americana. Il est frappant de constater à quel point ces discours apparaissent aujourd’hui en total décalage avec la réalité. GW Bush n’arrive plus lui-même à tenir simultanément tous les bouts idéologique, militaire et économique de sa stratégie d’hégémonie mondiale.

En ce début des années 1990, les USA se sentent débarrassés de la course aux armements Est-Ouest. Cette course aura été fatale à l’URSS, incapable d’appeler les populations socialistes à de nouveaux sacrifices démocratiques et socio-économiques. Ces sacrifices auraient été nécessaires pour surenchérir sur le déploiement des nouveaux missiles Pershing en Allemagne et sur l’Initiative de Défense Stratégique, lancée par Reagan, visant à associer missiles anti-missiles, nucléaire spatial, satellites de destruction laser etc. Le Pentagone se prépare désormais à des conflits régionaux menés par des forces classiques, qu’on espère principalement aériennes (zéro GI morts), soutenues par de nouvelles générations de systèmes d’information, navires, sous-marins d’attaque etc. Ce fut le cas face aux initiatives irakiennes, serbe et afghane directement liées à l’effondrement de l’URSS.


Dans la région Eurasie en effet la stratégie hégémonique des USA a un double objectif :
-intégrer les pays de l’ex Pacte de Varsovie à l’Otan et contenir les velléités d’autonomie de l’Union Européenne.
-créer une zone d’influence pétrolière à partir d’une Turquie européanisée, un Iran modéré et embourgeoisé et un Irak démocratisé (en lieu et place d’une Arabie Saoudite fragilisée et peu fiable) avec des prolongements vers les pays de l’Asie centrale ex-soviétique et l’Afghanistan voisin de l’allié pakistanais.



La stratégie hégémonique US est prise à contre-pieds :


-En Europe la France et l’Allemagne ont refusé d’aller en Irak.

- La Turquie possiblement déstabilisée par le conflit irakien ne verra probablement pas son processus d’intégration à l’UE aller à terme.

-La radicalisation islamiste actuelle de l’Iran ( nucléaire, pétrole, antisémitisme, affrontements chiites/sunnites en Irak, lieux saints..) et les sanctions probables de l’ONU repoussent son intégration dans la communauté internationale

-Le terrorisme islamique fait peser la menace permanente de crises d’opinion majeures sur les gouvernants des pays démocratiques. On peut noter à ce sujet qu’Al-Caïdat ne semble pas en mesure de passer des attentats simultanés de New York, Londres et Madrid à des attentats simultanés dans plusieurs capitales. On peut se demander si Ben-Laden n’est pas déjà obligé de recentrer sa stratégie sur la radicalisation des pays musulmans sinon même des seuls pays arabes.

-L’enlisement des conflits classiques en Irak et Afghanistan révèle de profondes difficultés à modifier et stabiliser des régimes à partir de projets démocratiques idéalisés, en décalage avec les populations.

-L’affirmation de la Russie qui renationalise son économie, accentue la pression sur ses marges en Biélorussie, Ukraine, Caucase et Asie Centrale en concurrence frontale avec les USA. Moscou cherche également à reconstituer sa zone d’influence au Moyen-Orient, aujourd’hui en Iran et Palestine demain en Irak quand le fiasco US sera avéré.
La pression de la Russie s’exerce également sur les membres de l’UE issus du Pacte de Varsovie, les poussant à considérer l’UE comme le simple volet économique de la protection accordée par l’OTAN. La Pologne vient d’ailleurs à l’issue de la crise Gazprom/Ukraine de demander à l’Otan et non à l’UE d’assurer la sécurité énergétique européenne.
Le possible échec des démocrates en Ukraine et Biélorussie et la prise en main du cas iranien marqueraient les premiers grands succès pour le néo-impérialisme de Poutine

-La Chine s’affirme comme pôle d’influence à vocation mondiale en accentuant son effort militaire et spatial, sa présence en Asie et en Afrique, tout en cherchant à rééquilibrer sa croissance, sécuriser ses besoins énergétiques et moins dépendre des USA.

-Par ailleurs le continent sud-américain notamment le Brésil, le Vénézuela…est engagé dans une logique de prise de distance politique sinon économique vis à vis des USA.


Le nucléaire dans l’Histoire


A partir d’Hiroshima et durant la bipolarisation Est-Ouest de la deuxième moitié du XX siècle, la dissuasion nucléaire a joué un incontestable rôle modérateur sinon pacificateur. Depuis la chute du mur de Berlin la dissuasion nucléaire a continué, avec un nombre de vecteurs revus à la baisse, à jouer un rôle, certes moins voyant mais bien réel, dans les face à face Inde/Pakistan, Chine/USA sur fond de Corée du Nord et Taiwan, Israël/Pays arabes et bien sur USA/Russie.

Cet « équilibre de la terreur » a été complété par le traité de non-prolifération visant à limiter les acteurs de la dissuasion aux seules grandes puissances réputées responsables. Aujourd’hui ce contexte a profondément changé :

-Nucléaire civil et militaire sont désormais indissociables tant sur le plan technique que politique. Comment justifier l’interdiction faite à un pays doté de centrales nucléaires d’utiliser son propre uranium pour l’enrichir à des fins militaires sauf à pouvoir justifier sa mise au banc des nations ? Sur ce point le discours de Washington sur « l’axe du mal » ne parvient plus à cacher la réalité de sa politique hégémonique.

-L’arme atomique a proliféré notamment dans la bombe A simple, celle de la dissuasion du faible au fort ( cf. De Gaulle et la Force de Frappe). Il est d’ailleurs hautement probable qu’en plus de ses vecteurs de moyenne portée, l’Iran possède déjà une bombe A rustique ou au moins une bombe « sale » par dissémination radioactive. Seul lui manque l’indépendance en matière d’enrichissement pour accéder au thermonucléaire.
En revanche le thermonucléaire à tête multiple et surtout le micro-nucléaire et la bombe à neutron (effet electro-magnétique détruisant toute l’informatique, telecom, radars..) ces derniers bien adaptés à une utilisation régionale, sont l’apanage des seuls USA, France, GB, Chine(non vérifié) et bien sur Russie. On peut noter qu’en 10 ans la Russie a reconstitué tout son potentiel après la fuite des cerveaux et des matières fissiles des années 90.

-La non-proliférartion n’est plus une lutte politique entre détenteurs et non détenteurs pour limiter le nombre des joueurs et maximiser les zones de défense respectives des puissances nucléaires. Elle s’exerce désormais également au travers d’un super-parapluie nucléaire offert à des puissances nucléaires de second rang. C’est tout le sens du chassé croisé nucléaire civil et militaire entre Russie et USA sur l’Inde et l’Iran.
-L’Iran est une alliance prioritaire pour la Russie dans la stabilisation de son flanc sud menacé par l’islamisme.
-Ancien allié de l’URSS, l’Inde est désormais pour les USA un partenaire stratégique qui remplace avantageusement le Pakistan fragilisé par la crise islamique afghane.

-Plus globalement, face au défis environnementaux, énergétiques et stratégiques du XXI siècle les opinions des pays des développés ont commencé à inverser leur tendance à la diabolisation du nucléaire tant civil que militaire, redonnant des marges de manœuvre dans ces domaines aux gouvernants.



Une nouvelle Histoire a commencé


Une nouvelle Histoire a commencé, la question est de savoir si elle s’écrira sur un retour du face à face Moscou/Washington ou si elle s’organisera dans un nouvel équilibre multipolaire pacifié et démocratique dans lequel l’Union Européenne devra jouer tout son rôle.

La nouvelle dissuasion Russie/USA est déjà à l’œuvre et on voit mal aujourd’hui GW Bush intervenir militairement en Iran sans l’ONU ni coalition et face à Moscou qui réclame la pondération pour son nouveau protégé. C’est dans ce contexte et non dans une seule logique USA/Iran qu’il faut interpréter l’épreuve de force en cours sur l’enrichissement de son uranium par Téhéran.
On peut noter à cet égard que le naufrage du sous-marin KOURSK dans lequel est très probablement impliqué un submersible US à la recherche de données sur de nouvelles armes russes (d’où le sacrifice de l’équipage par Poutine), prendrait aujourd’hui une toute autre dimension.

Dans ce contexte il est peu éclairant de prévoir, à l’issue d’une inévitable nouvelle aventure militaire, un effondrement des USA dans une crise sociale, monétaire et stratégique.Il est à cet égard frappant de voir la parenté de ces analyses catastrophistes avec une lecture datée « années 1930 », avant la guerre froide nucléaire, au travers de plusieurs analogies :
-Contradiction principale entre les peuples du monde et l’impérialisme américain.
-Mouvement Alter-mondialiste et Mouvement de la Paix (faux nez des partis communistes occidentaux des années 50).
-Fuite en avant monétariste par la baisse tendancielle des profits générés par le capital
-Possible crise annoncée du dollar et crise de 1929….

Ces analyses ont brièvement retrouvé une certaine actualité après la chute du mur de Berlin et les prétentions hégémoniques américaines, mais l’ont perdu depuis le retour du face à face Moscou/Washington. La prochaine élection présidentielle américaine devrait constituer une épreuve de réalisme et probablement de retour sinon à certain isolationnisme, du moins à de nouvelles relations multipolaires. Par ailleurs de puissantes évolutions sont déjà à l’œuvre aux Etats-Unis tant sur un plan énergétique (retour nucléaire civil, économies d’énergie), que social(immigration, crédit) et stratégique (retrait progressif d’Irak).


Et l’Europe dans tout ça ?


Actuellement l’Europe joue le rôle d’un volet pacifique et démocratique dans la stratégie américaine. L’Europe est affaiblie par ses disparités géostratégiques entre membres fondateurs et nouveaux entrants, elle subit par ailleurs la pression des USA sur l’entrée de la Turquie

Pour prétendre faire entendre sa voix démocratique et pacifique dans le nouveau concert multipolaire l’Europe doit s’appuyer non seulement sur les forces de projection communes en cours de constitution, mais principalement sur la dissuasion nucléaire dont la dimension symbolique est incontournable. Il faut pour cela mutualiser au niveau européen l’emploi des forces stratégiques française et anglaise.

La doctrine d’emploi actuelle de la force de dissuasion française, protection du « sanctuaire national », date des années 60. Les missiles intercontinentaux des sous-marins retrouveront peut-être à terme une actualité. Les derniers ajustements « antiterroristes » semblent quant à eux peu crédibles malgré une capacité nucléaire régionale bien réelle (Porte-avions + Rafale + missile longue portée). Ces capacités
pourraient donner toute leur mesure au service de l’Union Européenne.

Concernant la dissuasion britannique on connaît son actuelle intégration avec les USA mais rien ne dit qu’elle ne puisse à terme être européanisée. Dans cette perspective on peut remarquer le récent refus des USA de céder les codes sources du système de combat du futur avion d’attaque F35 ainsi que son équipement en réacteurs anglais. Cela rendrait impossible son utilisation indépendante non seulement aux acheteurs européens, mais au Royaume Uni lui-même, partenaire industriel du projet mais réputé désormais moins fiable qu’auparavant. Déjà engagé dans la réalisation avec la France d’une nouvelle génération de porte-avions, Londres pourrait être amené à les équiper en Rafale marine équipés d’armes nucléaires.

Dans ce contexte il faut réaffirmer la vocation de l’UE à parler d’une seule voix dans le nouveau concert multipolaire en s’appuyant sur son autorité démocratique et pacificatrice, sa puissance économique et enfin sur des capacités de défense et de dissuasion nucléaire mutualisées. Concernant le traité de non-proliférationn, le parlement européen devrait se saisir d’un projet de réforme visant à mieux maîtriser le risque nucléaire en le liant à une évolution démocratique des candidats à l’arme atomique.

Dans la question iranienne l’Europe doit jouer un rôle moteur à partir d’une position commune pour imposer à Téhéran de s’inscrire dans ce nouveau contexte de coopération internationale et non d’avancer masquée en profitant des rapports de force entre USA et Russie.

A plus long terme l’Union européenne devrait proposer à l’Iran un pacte de sécurité, un partenariat nucléaire civil (Areva, Iter…), et reconnaître sa vocation à entrer dans le concert de la dissuasion nucléaire si elle fait preuve de la responsabilité et d’aspirations à la Paix, la Démocratie et la reconnaissance d’Israël. Un tel pacte de sécurité devrait pouvoir être associé aux partenariats privilégiés que l’UE doit désormais proposer en lieu et place d’élargissements continus qui ont désormais perdu leur logique territoriale, historique et culturelle.

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